Image d'entête aléatoire chez Valérie Marange

Psychanalyse et Feldenkrais : écologie de l’esprit

5 January 2014  |  Publié dans Actualités, Clinique, Ecosophie, Psychanalyse

Le mois dernier la revue Ca m'intéresse publie une interview de ma pomme sur le thème "comment le corps fait du bien à l'esprit", la méthode Feldenkrais peut elle guérir les bleus à l'âme?( ' http://www.scoop.it/t/l-actualite-du-feldenkrais)J'en reste bien sur à quelques considérations très rapides  qui concernent principalement  la zone de ce qu'on appelle en France [...]

Le mois dernier la revue Ca m'intéresse publie une interview de ma pomme sur le thème "comment le corps fait du bien à l'esprit", la méthode Feldenkrais peut elle guérir les bleus à l'âme?( ' http://www.scoop.it/t/l-actualite-du-feldenkrais)J'en reste bien sur à quelques considérations très rapides  qui concernent principalement  la zone de ce qu'on appelle en France le narcissisme primaire, en Grande Bretagne celle du "défaut fondamental" ou de l'amour primaire, autrement dit ce qui se passe avant la structuration oedipienne pour soutenir la pulsion de vie du nourrisson,  son accès à la verticalité et à une image tactile de soi, avant donc également la reconnaissance de soi dans le  miroir. C'est cette zone qui se trouve consolidée en reparcourant les tous premiers mouvements, les sensations et les représentations qui s'élaborent entre le mouvement senti et sa description verbale par  l'enseignant Feldenkrais. L'être psychosomatique  cherche de nouveaux soutiens (ou holding), de nouveaux empilements, de  nouvelles trajectoires (handling), de nouvelles clarifications et  connexions pour défier l'obscurité et la pesanteur qui le clouaient au sol ou le laissaient suspendu et tendu comme une corde, en hyper-extension ou effondré sur lui même, dans tous les cas plein de douleurs articulaires chroniques tendant à se transformer en déformations du rachis et lésions articulaires diverses. En permettant le relâchement des efforts fonctionnellement inutiles notamment en périphérie, en assouplissant et mobilisant davantage le centre, notamment les vertèbres dorsales et la cage thoracique,et surtout en éclairant des habitudes insues et des zones ignorées, la méthode Feldenkrais n'est pas sans incidence sur le sentiment d'exister ni sur les possibilités de changement. Savoir ce que l'on fait et de quelles autres possibilités on dispose, permet de modifier la posture corporelle et la façon de marcher, et celle ci comme l'avait bien vu Pascal ouvre également des changements dans la disposition d'esprit. A moins qu'il ne faille considérer que c'est dans l'esprit que s'opère d'emblée le changement, à savoir dans la représentation du mouvement plus que dans son effectuation réelle. Question de préséance qui va s'avérer assez rapidement vaine, en réalité la méthode Feldenlrais relève de la systémie ou écologie de l'esprit : non seulement on considère la douleur locale comme symptôme d'une désorganisation plus globale, mais encore le changement se passe quelque part entre le cerveau et les parties mobilisées, dans des allers et retours constants . Un mouvement permet une attention qui modifie l'image de la partie corporelle, de l'articulation entre elles des différentes parties et séquences du mouvement, et en retour cette modification de l'image modifie le mouvement ce qui déplace probablement l'attention, etc... La méthode peut se comprendre sur un mode spinoziste (parrallélisme corps esprit) mais plus encore en lisant Bateson et Morin, il y a de la pensée dans le mouvement que la méthode met à jour et change... et Feldenkrais ne cesse de l'affirmer, c'est surtout la sensation et la  pensée qu'il veut changer, de telle façon que celle ci cesse de faire souffrir le sujet, et ce que nous avons pris l'habitude s'appeler son corps.

Toutes les souffrances  ne se localisent pas dans une articulation, et toutes les douleurs articulaires ne sont sans doute pas rapportables à une psychopathologie. Et bien sur, changer l'image du mouvement (ce qui n'est pas une mince affaire d'ailleurs) ne suffit plus quand les cartilages de la hanche  sont trop usés et des disques vertébraux détruits, par exemple...Et surtout  rien n'est plus difficile à changer que l'habitude de trainer des pieds, quand la motive l'espoir de trouver enfin la protection qui a autrefois manqué. Phrase qu'on pourra entendre ici à double entrée, et que m'évoque un être en particulier,  mélancolique depuis longtemps hospitalisé en psychiatrie, et qui subit régulièrement des opérations des pieds liées à cette habitude neuro-motrice, que le personnel psy ou médical (kinés, etc) ne semble pas avoir repérée. La pointer et l'énoncer serait il suffisant pour la faire changer? Bien évidemment non, sauf à être dans des formes de toute-puissance comportementaliste, si ce n'est peut être dans une relation de long cours lui permettant d'y renoncer, toute une histoire impliquant du transfert, et nous indiquant quelques passerelles envisageables entre Feldenkrais et psychanalyse... A l'époque où je travaillais dans cette institution, il avait cependant aquiescé à mon "interprétation" : "on dirait que tu ne veux pas aller à l'école"?

à suivre....

 

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A Propos de Valérie Marange

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