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L’ordinaire, encore

6 June 2014  |  Publié dans Clinique, Psychanalyse

  Si Henri Lefevre  guidait les marxistes éclairés des années 70 vers une "critique de la vie quotidienne", j'ai toujours préféré ceux qui comme Michel De Certeau parlait de la réinventer ou encore comme Jean Oury, de la réinvestir. Récemment, Radmila Zygouris a remis en circulation un autre vocable proche, celui de l'ordinaire, pour inviter [...]

 

Si Henri Lefevre  guidait les marxistes éclairés des années 70 vers une "critique de la vie quotidienne", j'ai toujours préféré ceux qui comme Michel De Certeau parlait de la réinventer ou encore comme Jean Oury, de la réinvestir. Récemment, Radmila Zygouris a remis en circulation un autre vocable proche, celui de l'ordinaire, pour inviter à une démystification de la pratique psychanalytique dans ou hors institution. L'ordinaire de l'analyste, c'est de se soucier de l'ordinaire de ses patients, tout comme l'ordinaire de la psychiatrie, selon Oury, c'est aussi de se soucier le vie quotidienne des psychotiques, cette ie quotidienne qu'ils ont tant de mal à investir, qu'ils ont souvent désertée. Faute aussi d'être entendus dans la portée existentielle de leurs énoncés et désertions.Autre point commun d'ailleurs entre l'analyse  telle que je l'aime et la méthode Feldenkrais, que cet investissement de l'ordinaire, du moindre geste, pour tenter de faire pièce à la misère intime de nos répétitions. En proposant d'autres répétitions plus fécondes, génératrices de différences. Le changement, c'est l'habitude disait Bergson et Deleuze en indiquant comment la différence se produit dans la reprise, nous ouvre aussi la voie. En reparcourant jusqu'à l'épuisement les gestes usés de nos habitudes bavardes ou silencieuses, en les réenrichissant de sensations et perceptions plus fines,  mais aussi en ouvrant doucement des voies autres que seule la répétition fait émerger, la méthode Feldenkrais comme la patience du divan nous ouvre sans violence inutile au changement.

Longtemps je me suis couché de bonne heure...Jour après jour, nuit après nuit, de jour comme de nuit se répètent et varient ces moments dont la variation est le tissu même des intermittences et de la continuité d'une vie. Le retour au tapis du pratiquant feldenkrais, reprenant l'image tactile du contact dos/sol,  en est une forme particulière. La plus ordinaire est celle que décrit Proust, les couchers et les réveils nocturnes, les matins ressemblants et différents. . Expérience du fourmillement tactile,  bouillie de sensations et d'images fragmentaires, dont la ressaisie par l'écriture dans la durée ouvre accès à l'épaisseur du temps.

L'ordinaire comme le quotidien relève d'un involontaire, insu, inconscient,  s"une sous-jacence qui est d'abord corporelle voire d'espèce, celle du geste dit Billeter ou Feldenkrais, mais aussi celle du "moindre geste" tel que l'entend Delignyqui est l'arrière plan ou la sous-jacence de la subjectivitéreleve? De l'espèce? Du corps? De   que nous pourrions nommer l'arrière plan, la sous jacence dirait Oury. D'un involontaire, insu, inconscient non réductible à l'inconscient freudien, mais enfoui dans les profondeurs du vivantEt aussi, de l'habiter

 

 

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A Propos de Valérie Marange

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