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L’inconscient du corps

8 September 2015  |  Publié dans Actualités, Clinique, Ethique, Non classé, Psychanalyse

  Valérie MARANGE Séminaire « L’inconscient du corps » - « On ne sait pas ce que peut le corps »     Plusieurs auteurs issus ou non du champ analytique suggèrent aujourd'hui le paradigme d'un inconcient du corps qui ne serait pas réductible à l'inconscient freudiens et concernerait une zone d'indiscernabilité entre le vital et le psychique .Ils [...]

 

Valérie MARANGE Séminaire « L’inconscient du corps » - « On ne sait pas ce que peut le corps »

 

 

Plusieurs auteurs issus ou non du champ analytique suggèrent aujourd'hui le paradigme d'un inconcient du corps qui ne serait pas réductible à l'inconscient freudiens et concernerait une zone d'indiscernabilité entre le vital et le psychique .Ils reprennent d'ailleurs en cela une tradition de la philosophie non dualiste (spinozienne ou nietzschéenne notamment mais aussi stoîcienne, etc) pour laquelle l'inconscient est un arrière plan nécessaire et le corps un insu de la vie de l'esprit. Tradition d'ailleurs renouvelée par l'épistémologie canguilemmienne et simondienne indiquant une forme d'inséparation entre ces différents niveaux y compris celui de la technique.

Cette hypothèse est liée à d'autres tactiques thérapeutiques que la psychanalyse telles que la méthode Feldenkrais ou l'hypnose eriksonnienne et met particulièrement en avant la question du geste et de son apprentissage , d'une façon cependant qui ne saurait être seulement volontariste ou corrective (strictement comportementale donc), puisque le geste « erroné » a ses propres raisons et relève d'un frayage insu et écologique des voies neuromotrices. Autrement dit l'esprit ne commande pas strcictement au corps maisla mise en forme d'un geste tel que la marche par exemple releve d'une articulation fine entre les différents segments corporels, le sol et la pesanteur et différents facteurs » psychiques » individuels et collectifs . Le lèves toi et marches releve de la remise en route d'une dynamique d'individuation en grande partie involontaire, du désir en termes spinoziens autant que freudiens, en même temps que d'une réinformation des chaines articulaires et musculaires par de nouvelles images du geste, etc...

 

V

 

Il y a de nombreuses années, une recherche de terrain pour la commission médicale d’Amnesty International m’amenait à une interrogation épistémologique sur les procédures de la violence « scientifique » dans l’euphémisation du corps, des punitions et mauvais traitements. Dans ces « châtiments incorporels », l’âme, selon les mots de Foucault, devenait « prison du corps », dans la foulée des procédures ascétiques désincarnantes. Cette épistémologie « pathologique » n’apparaît pas sans relation avec l’épistémè normale des sciences cliniques et morales dans leur visée corrective de l’organisation corporelle et psychique et de la relation corps-esprit. L’une comme l’autre n’étaient d’ailleurs pas sans susciter des résistances de fond, dont l’épistémologie canguilhemienne est certainement un moment majeur, exhibant, dans la tradition spinoziste, la normativité propre au vivant, contre les normes idéalisantes amenant sa disqualification et sa soumission. Et proposant un modèle de subjectivation non dualiste dans lequel la pensée et le choix sont toujours déjà présents dans toute forme de vie, dans le « maniérisme originel du vivant ». Inséparation incluant également la technique (Simondon et son émule Muriel Combes) dans des processus de subjectivation individuels et collectifs. De façon largement non consciente, évidemment, bien que cette voie critique de l’epistémè dominante puisse aussi concerner la psychanalyse.

Aujourd’hui, un autre paradigme est proposé par plusieurs auteurs, issus ou non du champ analytique, d’un inconscient du corps qui ne serait réductible ni à l’inconscient ni au corps freudiens et concernerait une zone d’indiscernabilité entre le vital et le psychique. Pouvant aller d’ailleurs jusqu’au refus d’employer le mot « corps », voire le mot « conscience » (en ce que celle-ci reste toujours partielle au regard de l’importance des phénomènes qui restent insus dans différentes formes d’introspection). L’esprit relèverait alors davantage d’une écologie ou intégration entre un système faisant centre et son milieu, interne et externe, que d’un saut marquant un changement de niveau (le passage du réel à la représentation). Le geste serait d’ailleurs l’exemple privilégié d’un tel paradigme intégrateur articulant un segment corporel, un environnement physique, un cerveau et son environnement psychique et culturel.

Cette hypothèse est liée à d’autres tactiques thérapeutiques que la psychanalyse, telles que la méthode Feldenkrais ou l’hypnose eriksonienne, et met particulièrement en avant la question du geste et de son apprentissage d’une façon cependant qui ne saurait être seulement volontariste ou corrective (strictement comportementale donc), puisque le geste « erroné » a ses propres raisons et relève d’un frayage insu et écologique des voies neuromotrices. Autrement dit, l’esprit ne commande pas au corps ni le corps à l’esprit, mais la mise en forme d’un geste, tel que la marche par exemple, relève d’une articulation fine entre les différents segments corporels, le sol et la pesanteur, et différents facteurs « psychiques », individuels et collectifs. Le « lève-toi et marche » relève de la remise en route d’une dynamique d’individuation en grande partie involontaire, du désir en termes spinoziens autant que freudiens, en même temps que d’une réinformation des chaînes articulaires et musculaires par de nouvelles perceptions et projections du geste, etc., en un mot relève d’une « intégration » systémique passant par une sensibilisation (awareness) mais retournant sous la forme d’une nouvelle habitude dans l’obscurité des « automatismes ».

D’autres mettent davantage l’accent sur la question du toucher et plus largement de la sensation et, plus précisément, du sens interne - proprioceptif et kinesthésique - comme base insue, tant de ces apprentissages que du sentiment d’exister.

Le séminaire L’inconscient du corps se penchera sur ces apports nouveaux au « problème corps-esprit » et à une formulation non freudienne de l’inconscient, en parcourant diverses sources philosophiques, psychanalytiques et issues de la psychologie expérimentale et de diverses cliniques. J’introduirai les séances par des topos d’une demi-heure/une heure ; des contributeurs seront invités ; il y aura reprise en commun des modèles théoriques proposés par les auteurs en bibliographie (un programme de lectures sera précisé). Des séances pourront s’organiser à l’inverse plutôt autour d’un problème soulevé par le terrain et la clinique.

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Bibliographie

Gregory Bateson, Vers une écologie de l’esprit, T2, Seuil, 1980

Alain Berthoz, Le sens du mouvement, Odile Jacob, 1997

Jean-François Billeter, Un paradigme, Allia, 2012

Muriel Combes, La vie inséparée, Dittmar, 2005

Moshe Feldenkrais, L’être et la maturité du comportement : une étude sur l’anxiété, le sexe, la gravitation et l’apprentissage, (1943-1992), Espace du temps présent, 1997

Larry Goldfarb, Articuler le changement – La méthode Feldenkrais pour l’éducation du mouvement, Espace du temps présent, 1998

Daniel Heller Roazen, Une archéologie du toucher, Seuil, 2011

André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, Albin Michel, 1964

François Roustang, La fin de la plainte, Odile Jacob, 2000

Gilbert Simondon, L’individuation psychique et collective, Aubier, 2007

Paul Schilder, L’image du corps, Gallimard, 1968

Richard Shusterman, Conscience du corps. Pour une soma-esthétique, Ed. de l’éclat, 2007, et Sous l’interprétation, Ed. de l’éclat, 1994

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Le séminaire aura lieu le premier lundi du mois, à compter du 7 décembre 2015, au 24 rue Ramponneau, 75020 Paris, au cabinet de Valérie MARANGE.

Inscription recommandée mailto marange@no-log.org

 

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A Propos de Valérie Marange

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